Rencontre avec Marie Lanoë

RENCONTRE AVEC…  

Une série de rencontres autour de l’hypersensibilité, de femmes et d’hommes qui ont appris à l’apprivoiser pour en faire une ressource. Loin d’être une faiblesse, l’hypersensibilité peut être une force, capable de 
déplacer les montagnes. C’est justement parce que nous sommes hypersensibles que tout devient 
possible.   

RENCONTRE AVEC MARIE LANOË

Chef d’entreprise  

Quand et comment avez-vous découvert votre hypersensibilité ?  

J’ai toujours eu une sensibilité à fleur de peau et me suis souvent sentie en décalage. J’ai grandi dans une 
ferme et depuis toute petite mon lien à la nature et particulièrement aux animaux est très fort. Je m’attachais aux animaux qu’on avait à la ferme et c’était excessivement douloureux pour moi de les voir disparaître et bien sûr impossible de les manger. J’acceptais mal le monde tel qu’il était et je ne supportais pas l’injustice. La  lecture a été un grand refuge pour moi à cette période. C’était une façon pour moi de voir que d’autres 
pouvaient aussi avoir un rapport hypersensible à la réalité.   

Il a fallu que je me confronte à des difficultés pour découvrir véritablement mon hypersensibilité. J’ai créé mon entreprise en 2010 et j’ai souffert d’une addiction au travail. Un médecin généraliste l’a identifiée et 
m’a conseillé une psychologue du travail. Cette dernière m’a repérée surefficiente et haut potentiel.  Elle m’a conseillé le livre Je pense trop de Christel Petitcollin. Cela a été une première belle révélation sur ce que je pouvais ressentir. Mais j’avais toujours des problèmes de sommeil, de stress et j’ai fini par avoir un gros pépin de santé lié à une hernie discale. Pendant une nuit d’insomnie, je suis tombée sur un article de Charlotte Wils sur les hypersensibles et ce mot a fait tout de suite tilt. J’ai lu le livre de Charlotte Itinéraire d’une ultrasensible qui m’a donné des clés essentielles : j’ai appris à voir le côté positif de cet aspect de ma personnalité.  

Comment se manifeste votre hypersensibilité ?  

Mon hypersensibilité se traduit par une ultra empathie. Je suis une éponge et je ressens tout. J’ai parfois 
l’impression d’être une porcelaine dans un magasin d’éléphants. Cette empathie exacerbée s’accompagne d’un côté sauveuse qui m’a joué de mauvais tours. Je me suis rendu compte que je ne pouvais pas sauver les autres et que c’était important de les responsabiliser. C’est à eux de sortir de leur chrysalide au moment juste pour devenir des papillons épanouis. Je n’ai pas à vouloir aider à tout prix. J’apprends de plus en plus à faire passer mes besoins avant ceux des autres. Pour m’aider, je visualise le fameux triangle : sauveur, 
bourreau, victime. Je me recentre sur moi et je repense aux moments où j’ai trop donné et où je me suis 
rendu compte que cela n’aidait ni la personne, ni moi-même.  

Je suis aussi hyperstimulée en permanence. Je suis sans cesse envahie par des informations, des  

sentiments, des sensations, des émotions. Mon activité cérébrale est en effervescence constante. Quelqu’un qui hausse un sourcil quand je lui parle, c’est un indicateur. Cela peut être un avantage dans l’univers professionnel pour bien manager et être dans l’écoute client et le conseil.   

Mon hypersensibilité se manifeste aussi dans ma créativité. J’ai compris que la créativité ne s’exprime pas seulement sur le terrain artistique. J’ai toujours beaucoup d’idées, ce que j’appelle mes micro-innovations. J’ai appris surtout qu’on ne peut pas toutes les mener à leur terme par risque d’épuisement. 

Et enfin, j’ai l’impression de kiffer plus la vie que d’autres grâce à cette capacité à m’émerveiller, ressentir.  

La musique me transperce. Rire avec des amis, l’humour me font un bien fou. Je peux tomber dans un livre sur une phrase qui me transporte. Je la note tellement je la trouve géniale. C’est un cadeau qu’on nous fait, cette capacité à vivre tout plus intensément, cette capacité à surkiffer.  

Les hypersensibles sont des bonnes personnes, elles placent l’humain au coeur de toutes leurs décisions. Je n’ai jamais eu de mauvaise intention même si j’ai quelques fois pu être mal comprise. J’ai toujours voulu bien faire. 

Qu’est-ce que ça a changé dans votre vie de vous savoir hypersensible ?  

Je l’ai vécu comme une révélation et un vrai soulagement. Aussi un sentiment de gâchis de ne pas l’avoir identifié avant. J’ai eu beaucoup d’émotions, des pleurs de me sentir enfin comprise et de ne pas 
être seule. Une personne sur cinq est hypersensible.  

Le savoir m’a permis de mieux vivre avec et de me rendre compte qu’il y a des solutions et que cela donne de belles capacités de résilience.  

Est-ce que vous en avez parlé autour de vous ?  

Je n’en n’ai pas parlé tout de suite. J’ai eu besoin de l’appréhender. Et puis j’ai choisi à qui je pouvais en 
parler quand je sentais le moment et le cadre bienveillants.  

J’en ai parlé par exemple dans le cadre de la formation de 3 ans que je suis au Centre des Jeunes Dirigeants. J’ai décidé de travailler sur cette singularité en tant que chef d’entreprise et j’ai beaucoup de soutien, d’encouragement de la part des participants.  

Mes salariés le savent également. Ils m’ont fait un très beau cadeau. M’inciter à écrire ma vie d’entrepreneuse. Je vais témoigner sur le fait qu’être hypersensible et patron, c’est possible ! Généralement j’ai du mal à parler de moi mais là je sais que ce partage d’expérience peut être utile aux autres.   

C’est avec cette même intention que je mets beaucoup en avant d’articles sur Linkedin concernant les soft skills qui sont les aptitudes comportementales, relationnelles à l’opposé des hard skills qui sont des 
compétences métier qui s’apprennent. J’ai par exemple relayé des articles sur les émotions, l’empathie au travail pour interpeller les dirigeants et les managers avec qui je suis en contact sur Linkedin. Selon moi, les entreprises sont obligées de se remettre en question car elles ont de plus en plus de mal à recruter. Elles doivent réapprendre à s’attacher le talent des gens en le respectant.  

Les outils, les clés qui vous permettent d’apprivoiser votre hypersensibilité au quotidien ?  

J’ai appris à choisir mon entourage, à identifier les gens qui me font du bien et pas seulement aller vers 
ceux à qui je fais du bien. A me méfier de ceux qui se positionnent sans cesse en victimes. J’ai été 
confrontée à des personnes toxiques, des vampires énergétiques et j’ai appris à dire non. Dès que j’ai un 
doute sur quelqu’un, c’est qu’il n’y a pas de doute : c’est quelqu’un de toxique pour moi.

Je m’entoure bien, et pas uniquement avec des hypersensibles mais avec des profils sympathisants, stables sur leurs assises, ancrés qui savent aussi me dire quand je rumine trop.  

Dans la sphère professionnelle, j’ai la chance de choisir les gens avec qui je travaille que ce soient mon équipe ou mes partenaires. Je choisis mes clients. Comme je suis dans le recrutement, je ne peux pas travailler avec des entreprises qui à mon sens ne partagent pas nos valeurs humaines. 

Savoir poser ses limites et oser le conflit, c’est une clé essentielle. Avant j’évitais le conflit et quelques fois trouver des solutions sans exprimer clairement son désaccord, ce n’est pas possible. J’apprends à m’affirmer.  

La gestion du temps est très importante pour moi. Je prends des rendez-vous avec moi-même pour prendre soin de moi. Les cours collectifs ne fonctionnent pas avec moi car je suis trop connectée aux autres et cela me perturbe pendant le cours de ressentir trop les énergies des autres. Donc chaque semaine,  j’organise 1 heure de pilate, de méditation et de coaching sportif et comme j’ai RDV avec quelqu’un, cela m’oblige à y aller. Et puis chaque semaine, grâce à la matrice d’Eisenhower, j’identifie ce qui est important et urgent, important non urgent, non important et urgent et non important et non urgent. Cela me permet de hiérarchiser mes priorités. Des habitudes toutes simples peuvent m’éviter du stress, comme préparer mes affaires la veille pour pouvoir prendre mon temps le matin.

J’ai besoin aussi de moments où je coupe mon téléphone et le mets en mode avion. Soit pour être 
concentrée sur une tâche ou ne rien faire. Je suis un animal très social qui est très connecté aux autres mais qui a besoin de moments pour soi, pour s’isoler et se ressourcer.  

Le sommeil est aussi très important pour moi. J’ose dire quand j’ai besoin de dormir seule. Je peux écouter des podcasts avant de dormir car entendre des voix m’apaise.  

J’aime marcher dans la nature. Je suis en mode randonnée tous les dimanches matin. Avec des amis pour que je ne prenne pas le risque de ne pas y aller. C’est important pour moi de tenir mes engagements vis-à- vis des autres.  

Un hypersensible me fait penser à un maverick. C’est un cheval  sauvage qui s’éloigne du troupeau parce qu’il aime l’indépendance et la liberté et en même temps qui avance avec. Il est à la fois dans le groupe et à côté.

Quelles portes se sont ouvertes grâce à votre hypersensibilité ?  

La porte de l’intuition s’est ouverte. C’est essentiel d’ouvrir cette porte et d’écouter son intuition. C’est un guide précieux pour faire des choix et on a la chance qu’elle soit très développée quand on est 
hypersensible.  

J’ai ouvert la porte à des rencontres immédiates, fortes et puissantes. Celle aussi de la tolérance et du non-jugement.  

La porte de l’audace. On peut tout oser car tout devient possible dès qu’on respecte son rythme.  

La porte du plaisir qu’on peut avoir à vivre des moments forts et intense grâce à l’amitié, la lecture, au cinéma, aux paroles d’une chanson, à la musique.  

Vos plus grandes fiertés d’hypersensible ?  

Ma plus grande fierté d’hypersensible, c’est d’avoir pu permettre à des personnes de trouver leur place  

alors que ce n’était pas évident avec leur CV. C‘est le cas par exemple de réfugiés qui ont fait des études à l’étranger et qui se retrouvent à travailler à la chaîne. Je pense à un cas précis de quelqu’un qui est venu 
nous voir parce qu’il ne supportait plus de travailler à la chaîne. Dans l’entreprise de surf et paddle où ma collaboratrice lui a trouvé un emploi, il a grimpé les échelons passant de la production au service comptable. Pour moi, c’est une immense fierté. Je suis sensible aussi aux parcours atypiques parce que j’ai eu moi aussi un parcours atypique : des études agricoles et un premier travail dans le tourisme puis le recrutement.   

Une grande fierté, c’est aussi de montrer que l’on peut réussir dans le monde des affaires en restant aligné sur ses valeurs. Oui je suis la preuve qu’une petite nana introvertie et hypersensible peut devenir une chef 
d’entreprise épanouie et qui réussit. Avant, j’avais peur des autres et aujourd’hui, j’ai développé des 
aptitudes relationnelles et je peux prendre la parole devant 300 personnes.

J’ai démarré à partir de zéro mon aventure entrepreneuriale et aujourd’hui, mon entreprise emploie 17 personnes et fait vivre plus de 200 personnes. Et sans compter toutes les personnes qui ont trouvé un travail grâce à nous et qui s’y sentent bien. C’est une belle réussite et ça donne du sens de se sentir utile.

3 conseils aux hypersensibles  

1)Être persuadé qu’on peut être bien dans ce monde même en étant hypersensible et qu’on peut y 
trouver son chemin en s’appuyant justement sur sa sensibilité  

2)Penser à l’éloge de l’apprentissage. Le but semble tellement loin et difficile mais c’est important d’accepter ce chemin, ces embûches dont on se relève et qui nous apprennent tant.

3 ) Il est urgent de soulever le voile de l’hypersensibilité. Si vous tombez sur ce terme et qu’il vous parle, 
soulevez le voile. Il y a de belles lumières dessous.  

Extraits choisis  

J’ai parfois l’impression d’être une porcelaine dans un magasin d’éléphants.  

C’est un cadeau qu’on nous fait, cette capacité à vivre tout plus intensément, cette capacité à surkiffer.

J’ai appris à choisir mon entourage, à identifier les gens qui me font du bien et pas seulement aller vers 
ceux à qui je fais du bien.  

Savoir poser ses limites et oser le conflit, c’est une clé essentielle. Avant j’évitais le conflit et quelques fois trouver des solutions sans exprimer clairement son désaccord, ce n’est pas possible.

Un hypersensible me fait penser à un maverick. C’est un cheval  sauvage qui s’éloigne du troupeau parce qu’il aime l’indépendance et la liberté et en même temps qui avance avec. Il est à la fois dans le groupe et à côté. 

Quelques liens/conseils de lecture

Livres

Itinéraire d’une hypersensible – Charlotte Wils
Fort comme un hypersensible – Maurice Barthélémy
Le guide de survie des hypersensibles empathiques – Judith Orloff
Hypersensibles, mieux se comprendre pour mieux s’accepter – Elaine Aron

Podcasts

A Fleur de peau – Pascaline Michon
HyperSensible – Emmanuel Viau

A suivre sur LinkedIn

Collectif Atypique

Propos recueillis par Isabelle Toutain @isatoutain

Merci infiniment à Marie Lanoë, et à Isabelle Toutain pour ce RENCONTRE AVEC…entrepreneurial féminin emphatique et bienveillant. 

2 réflexions sur “Rencontre avec Marie LANOË”

  1. Bravo pour votre témoignage … Il est très touchant de sincérité.
    Il me parle beaucoup ! Au plaisir d’échanger, bien cordialement, Aurélie

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