« Les Hypersensibles« donner la parole à la fois aux personnes hypersensibles à travers des témoignages, des récits, des interviews, mais aussi aux praticiens qui a travers des approches différentes et variées aident les personnes hypersensibles à mieux vivre leur hypersensibilité. Nous recueillons aujourd’hui le témoignage de de Alban Bourdy, auteur et fondateur de Surdouessence. Il va vous raconter le chemin qu’il a parcouru et comment il vit son hypersensibilité au quotidien. Je vous laisse le découvrir.
Mon hypersensibilité me guide au jour le jour
L’hypersensibilité comme guide au quotidien
Mon hypersensibilité me guide au jour le jour. Mes ressentis physiques et émotionnels m’orientent vers ce qui est bénéfique pour moi. Pourtant, je n’ai pas toujours vécu cette sensibilité de cette manière.
Pendant longtemps, je l’ai perçue comme un fardeau. J’ai même développé une relation conflictuelle avec elle. Je cherchais à la comprendre, mais aussi à la contrôler.
Découvrir que je suis hypersensible
J’ai mis un mot sur mon hypersensibilité en août 2013. J’avais alors trente ans. Cette découverte est survenue pendant ma seule expérience professionnelle comme salarié.
Je travaillais au Futuroscope, sur une plateforme de réception d’appels du SAV d’EDF. Cette expérience saisonnière a duré un peu plus d’un mois.
À cette époque, mon premier roman venait de sortir. Une autre vie commençait alors à m’attirer. Elle était faite de livres, de dédicaces et de rencontres. Je découvrais aussi les cocktails, les soirées et les salons littéraires.
C’est pendant cette expérience que j’ai rencontré Mélanie. Un jour, durant une pause repas, elle nous a parlé de livres sur l’hypersensibilité. Je me suis particulièrement intéressé aux ouvrages de Saverio Tomasella.
Le simple fait de découvrir que ce sujet existait m’a profondément soulagé. Savoir que des livres lui étaient consacrés a eu un effet salvateur et libérateur.
Quand l’hypersensibilité devient une malédiction
Je vivais mon hypersensibilité émotionnelle et sensorielle au quotidien. Pourtant, je ne savais pas encore la nommer. Je ne la comprenais pas et elle me débordait.
À mes yeux, cette sensibilité semblait monstrueuse. Je la percevais comme quelque chose de tabou et de honteux. J’avais l’impression de subir une malédiction incompréhensible.
Cette perception provoquait un stress énorme. Puis, soudainement, tout a changé. Je découvrais que d’autres personnes vivaient des expériences similaires.
L’hypersensibilité devenait alors quelque chose que je pouvais accueillir. Je pouvais apprendre à vivre avec elle. Elle n’était plus une menace contre laquelle je devais lutter.
Une perception intense du monde
Ma grande sensibilité au monde m’amène à beaucoup m’émerveiller. Elle peut aussi me faire ressentir profondément ce qui me heurte ou me révolte.
Ces impacts émotionnels me rendent souvent contemplatif. J’ai longtemps été davantage dans l’observation que dans l’action.
Adolescent, puis jeune adulte, je me sentais davantage observateur qu’acteur. Pourtant, je pouvais pleinement m’exprimer sur scène. Je faisais alors du théâtre avec beaucoup de plaisir.
En dehors de cette activité, l’action me semblait parfois difficile. Les stimuli émotionnels et sensoriels étaient trop nombreux. Ils pouvaient rapidement me submerger.
Une hypersensibilité sensorielle très forte
J’ai toujours été extrêmement sensible aux odeurs et au toucher. Certaines sensations peuvent m’apaiser. D’autres peuvent, au contraire, m’oppressser profondément.
J’ai besoin d’un contact délicat. Je ressens aussi les émotions avec beaucoup d’intensité. Mes perceptions sensorielles sont particulièrement fortes.
Les choses m’apparaissent souvent dans une multitude de détails. Je perçois également de nombreuses nuances et subtilités. Les couleurs semblent ainsi se démultiplier à l’infini.
Cette perception constitue d’ailleurs une véritable richesse dans mon travail d’écrivain. Elle nourrit mon imagination et ma façon de décrire le monde.
À l’inverse, les lumières fortes et certains bruits peuvent être difficiles à supporter. Une moto qui pétarade près de moi n’est pas simplement agaçante. Je peux ressentir cette sensation comme une véritable agression sensorielle.
Une sensibilité profonde à la souffrance
Depuis mon enfance, je ressens également la souffrance des autres êtres vivants. J’ai toujours eu beaucoup de mal à faire abstraction de cette réalité.
Je n’ai jamais vraiment accepté l’exploitation des personnes pauvres. Le fait que des enfants puissent être concernés me touche particulièrement.
La souffrance animale m’a également profondément marqué. Je supportais difficilement l’idée de tuer des animaux pour nous nourrir.
Cette sensibilité a notamment contribué à mon choix de devenir vegan à l’âge adulte. D’ailleurs, j’étais déjà viscéralement opposé à la viande lorsque j’étais enfant.
Apprendre à vivre avec mes émotions
Je n’étais pas en paix avec les différentes manifestations de mon hypersensibilité. J’avais souvent l’impression d’être en décalage avec les autres.
Mon corps semblait vivre de véritables montagnes russes émotionnelles. Les phases d’enthousiasme pouvaient être très fortes. Les retombées étaient cependant beaucoup plus difficiles à vivre.
La peur était au cœur de mon inconfort. Je ne percevais aucune limite à mon émotivité. Cette impression me terrorisait et pouvait me submerger.
Mes émotions devenaient alors paralysantes. La peur de mes propres ressentis augmentait encore leur intensité. J’avais aussi besoin de beaucoup dormir pour récupérer.
À l’âge adulte, j’étais souvent le premier fatigué d’un groupe. Dès 19 heures, mes yeux commençaient parfois à se fermer. Mon vécu intense nécessitait de longues périodes de récupération.
La musique et l’écriture comme refuges
La musique m’a souvent permis de retrouver mon équilibre. Elle m’a offert un véritable refuge lorsque mes réactions devenaient trop intenses.
L’écriture a également joué un rôle essentiel. Ces deux moyens d’expression me permettaient de donner une forme à ce que je ressentais.
En revanche, j’avais du mal à trouver des espaces de communication adaptés. Je ne parvenais pas toujours à exprimer oralement toute ma sensibilité.
La musique et l’écriture sont alors devenues des espaces privilégiés. Elles me permettaient de mettre des mots, des sons et des émotions sur mon vécu.
Ressentir avant de comprendre
J’ai besoin de sentir les choses pour véritablement les intégrer. Une idée démontrée ou simplement disséquée ne me suffit pas toujours.
Lorsqu’une expérience est vide d’émotion, elle perd une partie de son sens. Je ne comprends pas facilement les leçons simplement rabâchées.
De la même façon, j’ai du mal avec les conclusions que l’on doit apprendre sans les avoir expérimentées. J’ai besoin de ressentir et de vivre les choses.
Pour moi, comprendre passe donc d’abord par l’expérience. Mes sens et mes émotions donnent du sens à ce que j’apprends. Ils me permettent aussi de mieux intégrer ce que je découvre.
«L’hypersensibilité, c’est des frissons, des étoiles, c’est des sensations qui transcendent et nous illuminent. »
Alban Bourdy Tweet
Mon métier d'auteur
Mon hypersensibilité se manifeste beaucoup dans mon métier d’auteur, notamment par la propension à utiliser des verbes de sensations. À ce sujet, le correcteur de Gmail est réfractaire à cette sensibilité, puisqu’il me souligne en bleu beaucoup de mes tournures et quand je m’informe du pourquoi je découvre par exemple qu’il veut que je remplace « je vois » par « je sais ». Il est temps de repenser cette société contemporaine qui nous encourage au « je sais » au lieu de « j’écoute », qui nous encourage au « je pense, donc je suis » et non au « je sens, donc je suis » (ce « je sens, donc je suis » qui me semble si juste et qui a d’ailleurs failli être le titre de mon dernier ouvrage).
L’hypersensibilité peut donner l’impression de nous compliquer la vie, parce qu’elle nous démarque du troupeau et nous oblige à être vigilant et à remettre en question les schémas. Si l’on cherche à faire les choses comme on nous les apprend, de façon conventionnelle, il est fort probable que l’hypersensibilité nous ferme des portes. Mais ces portes où nous entraînent les mouvements de foule ne nous porteraient de toute façon guère de bien-être. Notre haute sensibilité, si on lui fait confiance, nous ouvre des portes moins balisées et plus gratifiantes. Elle nous guide, pour peu que l’on veuille bien la suivre. La suivre, c’est faire selon ses ressentis, explorer l’intensité et la diversité de ce que nous captons, émotionnellement et sensoriellement. Nous pouvons utiliser harmonieusement tout ce dont notre hypersensibilité nous dote : l’intuition et l’inspiration, la richesse et l’intensité, la multipotentialité, le partage en profondeur et en finesse, la cohésion et la réceptivité, le côté fédérateur, l’empathie et l’amour, le tout pour sentir ce qui vaut la peine ou non, pour sentir comment, avec qui ou avec quoi œuvrer, pour sentir ce qui vibre, pour sentir ce qui est dans le moment, loin de toute projection. Nous avons cette conscience du précieux, cette délicatesse qui permet aux portes les plus hermétiquement closes de s’entrouvrir, qui permet aux portes les plus rouillées de se débloquer. Plus de sensibilité, en fait c’est plus de conscience, conscience de ce qui est en nous et autour, et de la rencontre qui s’opère entre les deux. Nous pouvons ressentir la justesse dans le corps, en s’écoutant, en se scannant, et alors juste se laisser guider par elle, faire taire le mental, faire taire les pensées. Quand un ordinateur chauffe et bugue, on ne cherche pas à comprendre, on débranche et on rallumera lorsque cela aura refroidi. Un outil en surchauffe ne peut pas trouver des solutions à sa surchauffe, s’il cherche à faire cela il ne peut que surchauffer davantage. Il faut trouver son interrupteur, identifier de quelle façon on peut couper court à ce qui nous fait nous sentir mal et brouille nos ressentis (l’interrupteur peut être de la musique, de l’automassage, de la méditation, des respirations ventrales profondes, du silence, de l’obscurité complète, de la tendresse partagée, une connexion à un vide total…). La sensibilité, comme la fatigue, si l’on se bat contre, on ne peut que s’épuiser sans relâche et on se fait du mal, on peut avoir l’impression éphémère de gagner mais on est toujours rattrapé. Si l’on s’abandonne et qu’on l’accueille lorsqu’elle se manifeste, on trouve une harmonie. Notre sensibilité nous veut du bien, toutes ces sensations sont des trésors qui peuvent nous guider, si nous les accueillons au lieu de paniquer face à elles. Cette panique, je la connais bien, je suis parti de très loin sur cette question, n’ayant avant l’année de mes trente ans aucune confiance en mon être, mais suite à une bascule de point de vue cet accueil rayonnant s’est installé tout naturellement, de façon progressive et évolutive bien sûr mais tout de même incroyablement rapide.
Mes premières expériences professionnelles ont été dans le domaine du théâtre et des métiers du cinéma. Ma haute sensibilité m’a alors permis d’être plus communicatif dans les émotions, mieux au diapason de mes partenaires, et plus inspiré, plus créatif. En revanche, sur un plan technique, ma propension aux tremblements causait des soucis pour ce qui était de tenir une caméra 😉
Depuis mon apprentissage de l’écriture à l’âge de quatre ans, écrire a toujours été aussi naturel et incontournable que de s’alimenter. Lorsqu’est sorti en 2013 mon premier roman, Chute Ascendante, ce qui a permis à celui-ci de se faire remarquer, alors que ni moi ni mon éditeur n’avions de réputation, c’est cette sensibilité à fleur de peau que j’ai osé laisser transpirer sans retenue tout le long de la rédaction de cet ouvrage à demi autobiographique (l’autre moitié se plaçant entre onirisme et futur imaginé). Les retours que je reçois de mes lecteurs pour cet ouvrage sont particulièrement intenses, et souvent enflammés.
En matière de musique, j’ai aussi mis à profit cette hypersensibilité, laquelle me permet de passer outre une technique bien médiocre.
Mes ressentis empathiques spontanés, ma capacité à canaliser une abondante énergie positive et mon intuition m’ont orienté tout naturellement à exercer des thérapies énergétiques et à pratiquer le chamanisme.
Paradoxalement, l’hypersensibilité me confère beaucoup de légèreté et me fait gagner beaucoup de temps. On va directement à l’essentiel, au vibrant, au vrai, au lieu de se perdre dans des labyrinthes de données et de pensées. Je ne peux me fier aux apparences car je ressens ce qu’il en est au-delà de ce que je vois, de ce que j’analyse ou de ce que l’on me donne comme éléments. À force d’expérience, cela me procure aussi beaucoup de confiance. J’ai l’intuition de ce qu’il va se passer, même quand je n’ai aucun facteur tangible pouvant me conforter. Je n’ai que faire des théories, des statistiques, des prévisionnels, des systèmes, je me détache de tous ces nuages complexes et projectionnels pour me connecter là où est vraiment la vie et pas dans ses tentatives d’analyse. La vie est émotions, sentiments, ressentis, intentions, et ceux-ci sont libres et infinis, on ne peut les piéger dans des données froides sans substance vibrante. Échappant à tout ce smog, à toutes ces courses et ces compétitions, je me sens assez invulnérable, incorruptible, innocent, inaltérable, inarrêtable. La vulnérabilité de mon être sensitif et émotionnel semble être couplée à une certaine invulnérabilité de mon esprit. Plus mon ressenti est accueilli et plus mon esprit est léger et limpide, lâchant charges, obsession de comprendre et enjeux, lesquels m’ont étouffé à l’adolescence. Plus on est souple et en position d’ouverture, et plus les choses peuvent nous traverser pleinement, nous impactant sans tension dans une dynamique vivante et sans effet retors. Une fois que j’ai bien compris que mon corps et mes émotions savaient mieux que mon intellect ne saurait jamais, lui qui ne peut appréhender le mystère de la vie, tout est devenu fluide, libre et sublimement ouvert aux « miracles ». L’intellect est surtout un outil qui peut nous permettre de bien interpréter nos ressentis, lorsqu’on le met au service et qu’on ne le laisse pas diriger notre existence. L’hypersensibilité me permet de pressentir, de devoir m’ajuster en permanence pour être au mieux et de ne pas pouvoir faire abstraction de ce qui me dérange, et donc d’avoir une longueur d’avance.
En 2017, j’ai fondé Surdouessence. Au départ pensé comme un rassemblement ponctuel des protagonistes en place, un salon arc-en-ciel, Surdouessence deviendra vite une association. Ce nom Surdouessence laisse parfois penser que l’on parle uniquement de sur-douance, pour autant ce sont bien toutes les sensibilités atypiques qui sont mises à l’honneur dans ce projet où l’essentiel est de faire du lien entre les personnes particulièrement sensibles et les encourager à pleinement s’accepter, se re-connaître et s’aimer. Je suis parti du mot « surdoué » parce que sont les origines, c’est le terme que l’on m’a accolé comme identité à l’âge de cinq ans, suite à un test que l’on m’a fait passer à l’école. Pour ma part, devant la multitude de mots utilisés en francophonie pour désigner la haute sensibilité et le HPI, j’aurais tendance à estimer que le plus juste serait de parler d’hyperconscients. Au fond, plus j’avance et plus je pense que tout est une question de confiance/conscience, et d’amour. Et l’hypersensible est particulièrement conscient de par ses perceptions amplifiées et affinées, et quand il réalise qu’il peut avoir confiance en celles-ci une fois qu’il les accueille pleinement, tout devient assez facile. Pour ce qui est de l’amour, l’hypersensible est tout naturellement réceptif et généreux en la matière, dans la pleine dimension de l’amour (pour soi, pour les autres, et pour une ou un autre en particulier).
Ce projet, je l’ai senti m’appeler dans tout mon être, comme s’il était déjà là avant qu’il n’ait forme et que je n’avais qu’à suivre sa vague pour lui donner vie.
Dans la foulée du développement international de Surdouessence, j’ai écrit une autobiographie en anglais, centrée sur l’enfance, publiée aux États-Unis. Désormais à l’orée de mes quarante ans, je retrace tout mon atypique parcours de vie, baigné d’intensité émotionnelle, dans un ouvrage qui vient de paraître, Itinéraire d’un haut-potentiel sensible, un ouvrage hybride puisqu’au-delà du témoignage immersif livré, il y a à chaque chapitre une synthèse empreinte d’échos et de conseils. Ce livre a été préfacé par Saverio TOMASELLA que je connais depuis les débuts de Surdouessence, celui-ci ayant répondu favorablement à mon invitation à intervenir dans le second salon organisé, à Aubagne.
Bibliographie sélective :
- Chute Ascendante, 2013.
- A sort of highly-gifted one, 2018.
- Lettres à un jeune zèbre, 2019, Rosso Éditions.
- Le Trésor de l’Ultrasensibilité (écrit avec Marjorie Levasseur), 2021, Éditions Ellébore.
- Main dans la main vers un monde plus sensible (écrit avec Christine Leclerc-Sherling, Flora Gavand et Saverio Tomasella), 2021, éditions Fernand Lanore.
- Itinéraire d’un haut-potentiel sensible, 2022, éditions Leduc.
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